Les devises

"On ne naît pas femme, on le devient"
"Ce qui ne nous tue pas nous rend plus forts"

jeudi 8 novembre 2012

8 NOVEMBRE 2003

Comment qualifier cette date ? Le passage de la survie à la vie ? Ma résurrection ? Ou au contraire mon pire cauchemar ?

Ce jour-là, à l'aube de mes trente ans, je n'étais alors que l'ombre de moi-même. J'avais perdu tous mes repères, tout espoir en l'avenir et le peu d'amour propre que j'avais en moi. Prête à faire une grosse bêtise, j'ai eu le réflexe d'appeler mes deux anges gardiens de l'époque à ma rescousse. Elles m'ont amenée consulter mon généraliste, qui m'a immédiatement fait interner en hôpital, car je devenais un danger pour moi-même.

Je suis restée hospitalisée pendant trois semaines, sans sortie et quasiment sans contact avec l'extérieur. J'ai entamé un travail sur moi-même grâce à des groupes de lecture et des ateliers d'art-thérapie notamment.

A la sortie de l'hôpital, j'ai changé d'appartement pour m'installer à Paris intra-muros. Mine de rien j'étais moins isolée qu'en banlieue. Puis quelques semaines plus tard je fêtais mes trente ans, encore très fragile et bancale, mais avec la ferme intention de m'en sortir et de vivre, enfin...

Pendant près d'un an j'ai continué à consulter un psy, mais sans vraiment mesurer les effets positifs de ces séances hebdomadaires. J'avais cet irrépressible besoin de fuir l'air irrespirable de la capitale et tous les souvenirs douloureux qui s'y rattachaient. J'ai donc demandé à mon employeur une mutation pour Montpellier, que j'ai obtenue.

Début 2005 j'ai donc pris un aller simple pour Montpellier. A partir de ce moment, j'ai cessé le travail thérapeutique. L'adrénaline de la nouveauté, d'une nouvelle région à découvrir, de nouvelles personnes à rencontrer, d'un nouveau job à apprendre, tout ceci a sans doute contribué à réparer des failles qui, même si elles se comblaient petit à petit, étaient encore bien réelles. Un défi lancé à moi-même, ce départ loin de tout, de tout le monde. Une façon de me prouver ce dont je suis capable, de gagner en confiance en moi.

Bien sûr cet épisode montpelliérain a été jalonné d'obstacles, tout n'a pas été facile. Mais il m'a permis de m'endurcir et d'apprendre à me faire respecter, à ne plus me faire marcher sur les pieds. En gros j'ai appris à l'ouvrir.

Pourtant je ressentais toujours une sorte de malaise sous-jacent, ce qui me conduisait irrémédiablement vers des histoires sentimentales scabreuses qui m'éloignaient de toute possibilité d'engagement.

Fin 2007 me voilà partie sur la Côte d'Azur, en couple puis six mois après à nouveau seule... jusqu'à cette rencontre en septembre 2008 avec un pervers narcissique dont le récit a ouvert ce blog. Je n'avais pas franchement besoin d'une telle relation pour rebooster mon estime de moi-même ! 

Pour me sortir des griffes de ce grand psychopathe j'ai repris un travail de thérapie avec une professionnelle absolument exceptionnelle. Elle m'a donné la force et la confiance nécessaires pour le mettre à la porte.

Puis en travaillant avec la thérapeute, nous avons identifié ce fardeau qui me polluait depuis si longtemps, qui entravait sans cesse ma marche vers le bonheur, l'âme d'un oncle mort quelques heures après sa naissance, dont je n'ai découvert l'existence qu'à ce moment-là et dont ma grand-mère n'avait jamais fait le deuil, que je portais en moi dont elle m'a aidé à me délester.

Après ce rituel d'adieu à mon "fardeau", je me suis sentie profondément libérée, prête à aller de l'avant, à entamer le reste de ma vie, sereinement... Preuve en est : cette formidable thérapeute qui m'a appris à m'aimer et à croire en ma force ne m'a dès lors plus donné de rendez-vous, estimant que j'étais prête à voler de mes propres ailes et à savoir ce qui serait désormais bon pour moi. 

Un mois et demi plus tard, je rencontrai celui qui va devenir dans quelques mois le père de mon premier enfant. Celui avec qui tout s'est construit simplement. Celui grâce auquel j'ai découvert que toutes mes angoisses s'étaient envolées. Celui qui m'a donné l'envie de m'engager profondément. Celui qui m'a donné l'envie d'être mère.

Après, on y croit ou on n'y croit pas. Les travaux de la psychogénéalogie ont avéré toutefois que les traumatismes familiaux non soignés et non résolus, les secrets, les tabous et les deuils non terminés se transmettent de génération en génération. Et je me réjouis à l'idée d'avoir "fait le ménage" avant de donner la vie.

Alors oui, cette date du 8 novembre aura toujours une connotation particulière dans mon existence. 

Lorsque je mesure le chemin parcouru en neuf ans, je suis fière, très fière de moi... et extrêmement reconnaissante envers les personnes qui ont contribué à la plénitude que je vis aujourd'hui. Ce parcours sinueux a été semé d'embûches et de désillusions, parfois déroutantes et douloureuses, mais toujours riches en enseignements. 

Cette date résonne comme le début d'une résurrection, comme un virage aussi vers une forme très personnelle de spiritualité : la croyance en notre capacité à rebondir quand nous pensons être au plus bas, la conviction aussi que rien n'est jamais acquis, que le bonheur est à la portée de chacun mais qu'il faut se donner les moyens d'y accéder, quitte à en baver.

Et je reste toujours convaincue que le meilleur reste encore à venir...